Cambodge 🇰🇭

13.02.2018 - 20.02.2018

Nous continuons notre tour au sein de l'Asie du Sud-Est et atterrissons désormais au Cambodge. Seule ombre au tableau, nos sacs à dos ont eux décidé de rester à Bangkok! Heureusement, le dernier vol de la journée nous amènera nos affaires à bon port! Ouf!


Nous ne pouvions rater ce pays chargé d’Histoire. Nous avons d’ailleurs de la peine à imaginer qu’il y a seulement quarante ans, dans ce pays si paisible aujourd'hui régnait la terreur, la barbarie, représentée par les pires actes que l’Homme puisse être capable de perpétrer. 

 

Aujourd’hui, le peuple Cambodgien s’est relevé mais il n’a pas oublié, il n’oubliera d’ailleurs jamais ce qu’il a enduré. Les écoles et les musées se tiennent en gardiens de la mémoire pour les générations futures et pour les visiteurs étrangers. Dans ce récit de voyage, au-delà des belles photos de temples et de nos joyeuses péripéties insectivores, il nous paraissait important de soulever en quelques mots les faits de l’Histoire cambodgienne.

Les temples d'Angkor

Les temples d'Angkor constituent un site archéologique majeur datant approximativement du IXe au XVe siècle. Le site fut l'une des capitales de l'empire Khmer. Nous avons rapidement compris pourquoi des pass de 3 jours et de 7 jours étaient proposés. Le site est énorme, et ne peut se visiter en une seule journée.

 

Angkor Wat

Le premier jour, nous avons loué des vélos en fin de matinée pour nous rendre du centre-ville au site d'Angkor Wat.

La chaleur était pesante, mais heureusement, des arbres se trouvaient tout au long de la route, ce qui rendait le trajet un peu plus agréable. Après avoir pédalé une trentaine de minutes sur une route bien plate (bien que cabossée), nous voilà arrivés sur ce site immense. Nous y posons nos vélos et partons à pieds, tout en nous rapprochant des imposants piliers d'Angkor Wat représentant la forme de bourgeons de fleurs de lotus. Une fois rentrés à l'intérieur, nous sommes énormément surpris de constater les innombrables gravures s'étalant sur des surfaces extrêmement grandes des murs de ce temple. C'est un travail qui requerrait un talent et une patience sans nom. Nous avons alors continué de nous aventurer à l'intérieur, en longeant de longs couloirs, débouchant quelques fois sur des cours intérieures où l'architecture et les gravures étaient toujours plus surprenantes.

 

Bayon

Le lendemain, nous avions convenu avec notre Homestay de prendre un tuk tuk pour la journée afin de perdre moins de temps pour continuer notre visite sur ce site. Ce dernier, datant du XIII ème siècle, est l'ultime temple-montagne, soit un temple construit au sommet d'une pyramide, dans lesquelles sont en l'occurence gravées des têtes de Buddhas à l'air si serein. Une sérénité que nous aurions d'autant plus ressenti s'il n'y avait pas une si grande foule de touristes, dont une majorité de chinois présents (à l'occasion de leur Nouvel An qui avait lieu le soir même).

 

Autres sites

Nous avons poursuivi notre visite avec de plus petits temples moins connus du site dont Ta Prohm, Pre Rup, East Mebon, Ta Som, Neak Pean, ou encore Preah Khan que nous avons su apprécier à leur juste valeur malgré leur moins grande notoriété.

 

Puis, est venue l'heure de se rendre sur le haut d'une colline, considérée comme étant l'endroit numéro 1 des couchers de soleil du site archéologique. Alors que nous pensions avoir droit à un coucher de soleil donnant sur le temple d'Angkor Wat, nous nous sommes aperçus  que celui-ci se situait côté Sud et que par conséquent, le coucher de soleil ne donnerait absolument sur rien ... ce qui fut le cas... En effet, le soleil se couchait sur un champs où étaient plantés de nombreux palmiers... voilà... Aussitôt montés, aussitôt redescendus...

 

Nous retournons donc auprès de notre chauffeur et lui demandons de nous déposer en ville. Alors que nous étions en route, il se mit sur le côté quelques mètres plus loin suite à un problème avec sa moto... Il arrête son moteur, et tente de le redémarrer à de très nombreuses reprises... mais en vain. Le moteur est fichu, le soleil était déjà couché et l'obscurité pointait le bout de son nez. Après ses tentatives infructueuses, il nous dit qu'il va appeler un de ses amis, qui nous ramènera en ville et qui le déposera en même temps dans un garage sur la route avec son tuk tuk. On se demande alors concrètement comment cela va se passer... Eh bien c'est aussi simple que ça : 20 minutes plus tard, voilà que son ami arrive, et que nous voyons notre chauffeur sortir son hamac d'un petit rangement.  Oui, vous avez bien lu, un hamac! Ils accrochent les deux embouts du hamac entre les deux véhicules, et nous voici repartis, comme si de rien était. Nous aurions pariés que le hamac ne tiendrait pas... et pourtant si! 

 

Infos pratiques et astuces :

- Les tickets d'entrée pour les temples coûtent 37 USD (1 jour), 62 USD (3 jours) et 72 USD (7 jours) et ne se vendent qu'à un seul endroit en ville! Renseignez-vous bien, n'allez pas directement aux temples sinon vous devrez faire demi-tour au check-point!

- Le petit tour en tuk tuk coûte entre 13 et 15 USD, le grand tour entre 18 et 20 USD
- Si l'on vous propose de vous emmener à l'endroit numéro 1 pour voir le coucher du soleil, nous ne vous le conseillons pas.

Siem Reap

Siem Reap est une petite ville charmante. Porte d'entrée aux sites archéologiques d'Angkor, c'est une ville très touristique. 

Malgré tout, c'est une petite ville très animée, spécialement le soir. Les nombreux restaurants et bars, notamment ceux qui se trouvent sur la fameuse Pub Street, se remplissent de monde. L'on mange de tout (on a craqué pour une pizza au feu de bois!), les bières pression sont à 50 centimes durant la Happy Hour, oui oui 50 centimes! 

 

Les décorations colorées s'illuminent, ça grouille de monde, l'atmosphère et bon enfant et très festive. 

 

De nombreuses roulottes de Street Food se trouvent également le long de la rivière, où nous avons d'ailleurs pu manger un poulet braisé absolument délicieux, accompagné d'un bon riz sauté aux légumes. 

 

Non loin de là, se trouve le Old Market, un lieu où tout se vend, des habits aux produits ménagers, en passant par la nourriture ainsi que de nombreux objets de souvenirs.

On ne sait pas si toutes ces décorations étaient là spécialement pour le nouvel an chinois, quoi qu'il en soit, nous avons vraiment adoré cette petite ville et y passer un soir de plus n'aurait pas été de refus.

Challenge relevé en plein coeur de Siem Reap !

Alors que nous déambulions dans les rues du marché de nuit de Siem Reap, une petite roulotte proposant des brochettes d'insectes et autres bidules qu'on n'aime pas voir a attiré notre curiosité et notre envie de nous surpasser. Nous nous y sommes approchés une première fois pour observer avec répugnance ces criquets, tarentules, serpents et scorpions.

 

La propriétaire de cette roulotte, une jeune cambodgienne, s'est adressée à nous dans un très bon anglais, nous annonçant très naturellement que tout ça était vraiment très bon et qu'elle venait tout juste d'avaler un petit criquet. 

On se dit que ce ne doit pas être si terrible, mais bon... rien que de les regarder c'est dur ... très dur... mais c'est pas grave, on ne vit qu'une fois et c'est ce genre d'expériences - bien que pas des plus agréables - qui rend le voyage hors du commun.

 

Petite vidéo pour assister à notre challenge!

Finalement, les criquets étaient très bons! Tout chauds et tout croustillants, assaisonnés à souhait, c'était franchement une bonne surprise! Ils avaient le goût de chips au poulet! On se dit alors que ces petites bêbêtes peuvent super bien passer avec une bonne bière pour l'apéro!

 

Pour la tarentule et le scorpion, on a mis un peu plus de temps à se décider... c'était vraiment très moche à voir et difficile de se faire à l'idée qu'on allait en manger!  Et puis finalement, on n'a plus réfléchi et on s'est lancés! La tarentule a un goût de poisson sur la fin (oui oui vous avez bien lu!) et le scorpion est très amer comme le soulève Lina dans la vidéo! Nous avons également goûté un bout de serpent, partagé par un couple d'Italiens, il était très sec mais son goût (entre poulet et poisson) n'était pas si mauvais!

L'Histoire derrière tout ça

Et oui, il y a bien une raison pour laquelle ces bestioles sont devenues comestibles. Dans leur régime dictatorial, les Khmers Rouges décrétèrent l'évacuation des villes du pays, les populations citadines étaient alors contraintes à travailler dans les campagnes, parfois dix-neuf heures par jour, dans des conditions d'esclavage total. Les "repas" ne représentaient que quelques grains de riz dans un bol aqueux. Les Cambodgiens, alors affamés, n'avaient alors d'autre recours que de manger ce qu'ils trouvaient dans la nature. De plus, ils devaient le faire en cachette car le simple fait de prendre un fruit dans la nature signifiait manger davantage que les rations fournies par les officiers, cela les menaient à se faire battre ou carrément tuer.

Egalement, les détenus de la prison S-21 (voir ci-dessous) étaient parfois entassés dans une même cellule. Parfois même avec des cadavres d'hommes et de femmes n'ayant pas survécu aux atroces tortures. Les odeurs des corps en putréfaction attiraient alors les bêtes qui servaient de ration de survie pour les malheureux détenus.

La dictature des Khmers Rouges

Lors de la guerre du Viêt Nam,  les Boeing B-52 américains larguent 2.76 millions de tonnes de bombes sur le Cambodge entre 1965 et 1973. Le Cambodge en devient tristement le pays le plus bombardé de l'histoire. Les bombardements restent secrets mais contribuent à recruter des combattants insurgés nommés Khmers Rouges, une guérilla qui se soulève avec l'aide des communistes Nord Vietnamiens et de la Chine. L'Armée Révolutionnaire du Kampuchéa est née.

 

En quelques années, l'armée Cambodgienne recule et ne contrôle plus que Phnom Penh ainsi que quelques autres villes. En avril 1975, Saigon tombe et la victoire des Nord Vietnamiens sur les Américains et leurs alliés Sud Vietnamiens est proclamée. Alors que l'armée Cambodgienne célèbre la fin de la guerre à Phnom Penh, les Khmers Rouges en profitent et entrent quelques heures plus tard dans la capitale, nous sommes le 17 avril 1975. Ils ordonnent l'évacuation de la ville (parmi d'autres), sous prétexte que les Américains sont désormais sur le point de bombarder la capitale. Des bombardements qui n’auront jamais lieu. 

 

Les habitants sont alors "invités" à partir à la campagne avant de retourner chez eux trois jours plus tard. Les citadins prennent la route de l'exode et, sans le savoir, la grande majorité d'entre eux ne reviendront jamais. Tout ce qui pouvait évoquer la population urbaine (hôpitaux, écoles, administrations) et les biens occidentaux est détruit, la monnaie est abolie et toute propriété privée est soustraite.

 

Dans les campagnes, les familles sont séparées, les gens sont rendus à l'esclavage. L’épuisement au travail, la malnutrition, les maladies qui s'ajoutent aux exécutions sommaires et à la torture vont provoquer la mort de un à deux millions d’individus en l’espace de trois ans soit un quart de la population du pays.

 

Durant le règne des Khmers Rouges (1975-1979), les religions sont abolies et tous doivent une dévotion absolue au nouveau régime et son organisation suprême "l'Angkar" dirigée d'une main de fer par le dictateur Pol Pot.

 

Pol Pot voulait une société autosuffisante qui ne regrouperait que les gens de l'Ancien Monde, soit les travailleurs des champs et autres ouvriers. L'ordre était donné de tripler l'approvisionnement de riz, c'était tout simplement impossible. Les citadins débarqués dans les rizières n'avaient aucune connaissance dans le procédé de récolte et ne recevaient que peu ou pas du tout de formation. Entre le piquage du riz, le creusement des canaux, la récolte, la tâche n'était pas aisée.

 

Finalement, à la fin de l'année 1978, suite à un conflit de quatre ans entre le Viêt Nam les Khmers Rouges,  l’armée vietnamienne passe à l’offensive et met en déroute les Khmers Rouges en quelques jours. Au cours du mois de janvier de l’année suivante, les Vietnamiens prennent le contrôle d'une grande partie du pays. Le 11 janvier 1979, la République populaire du Cambodge est proclamée à Phnom Penh.

Phnom Penh

La raison de notre passage à Phnom Penh est purement pour en savoir plus sur l'Histoire cambodgienne et les années de dictature. Nous voulions aller visiter l'ancienne prison S-21 ainsi que les fameux Killing Fields.

 

Nous avons été surpris en bien par cette ville. Nous avions entendu que c'était un chaos total, nous nous attendions à un Chennai bis version Asie du Sud-Est et finalement, nous avons trouvé la ville beaucoup plus calme que ça.

 

La ville est assez verte et transmet un climat de paix. A chaque coin de rue résonne le fameux Hello, Tuk Tuk? Auquel nous avons fini par répondre Hello, Foot Foot! lorsque nous voulions simplement marcher.

 

Nous avons écumé la ville en long en large, et avons marché pas moins de 15 km en une journée. Le soir, les habitants de Phnom Penh se rassemblent sur une grande esplanade le long du Mékong pour prendre un repas en famille ou simplement passer la soirée avec des amis, l'ambiance y est assez festive.

Musée de Tuol Sleng (Prison S-21)

Nous voulions en savoir plus sur le génocide cambodgien avant de nous rendre dans ce lieu. Nous avons donc regardé le film First, they killed my father la veille. Ce film dépeint l'histoire vraie d'une petite fille citadine de Phnom Penh ayant dû fuir la capitale avec sa famille pour devenir esclave des Khmers Rouges. Nous ne vous en dirons pas plus sur ce film si ce n'est qu'il s'agit d'un film très intéressant pour une première entrée en matière avec l'Histoire de ce pays.  

Nous entrons donc dans cette ancienne école transformée en prison. Nous visitons les salles d'interrogatoire, découvrons des centaines de visages de détenus innocents, les instruments infâmes et les techniques inhumaines de torture, les salles de détention mesurent moins de trois mètres carrés et des tâches de sang souillent encore le sol et les murs. 

Les détenus représentaient les gens du Nouveau Monde, soit les intellectuels, professeurs, médecins, juristes, fonctionnaires et membres du gouvernement. Tous accusés sans raison de trahison envers le nouveau régime. Le simple fait de porter des lunettes ou d'avoir les mains soignées pouvait mener à la mort. 

Les détenus étaient interrogés pour passer aux aveux, sans quoi la torture sévissait (on vous épargne les détails). A bout, les détenus finissaient par inventer des histoires et signer de faux aveux, de dénoncer leurs amis et membres de leur propre famille. Malgré tout, en signant leurs aveux, ils signaient également leur arrêt de mort puisque le but de la torture était d'obtenir "la vérité des traitres" afin d'avoir une raison valable pour les exécuter.

 

Infos pratiques :
L'entrée + le guide audio est à 8 USD

Choeung Ek (The Killing Fields)

Lors de notre deuxième journée à Phnom Penh, nous décidons de nous rendre sur le lieu de Choeung Ek, communément appelés The Killing Fields ou Les Champs d'Exécutions. 

 

En effet, cet endroit qui se trouve à 17km au Sud de la capitale était le principal lieu d'exécution et charnier de prisonniers du régime des Khmers Rouges. Les prisonniers étaient donc emmenés par convoi depuis la prison S-21, on leur faisait croire qu'ils étaient emmenés dans un autre centre de détention mais nombreux d'entre-eux savaient qu'il s'agissait du dernier voyage.

 

Ce lieu fut non seulement le théâtre d'exécutions de masse mais également de scènes de torture des plus abominables, notamment contre des enfants (là aussi, nous vous épargnons les détails tant ils sont insoutenables).

L'endroit est pesant, la mort et le respect des innocentes victimes se ressent. Encore aujourd'hui, des ossements reviennent à la surface des charniers, notamment grâce à la pluie. Un grand stupa a été érigé en mémoire des victimes. L'on aperçoit plusieurs étages de crânes humains, quasi tous démontrent des fractures et autres lésions liées aux coups reçus.

 

Cet endroit est le plus connu de tous les champs d'exécution du Cambodge. Nombreux d’entre eux sont encore inaccessibles à cause des nombreuses mines anti-personnelles toujours enfouies à travers les campagnes du pays.


Infos pratiques :
Nous avons payé 10 USD pour notre chauffeur de tuk tuk, l'entrée + le guide audio est à 6 USD

Cette semaine au Cambodge a été très riche en enseignements. Nous réalisons à quel point nous avons de la chance d'être libres, de pouvoir penser et dire ce que l'on veut. De ne pas risquer de se faire battre ou de perdre la vie, de ne pas être esclaves d'une dictature sanguinaire aux idées utopiques qui sépare, torture ou tue des familles sans raison.

Malheureusement, de nombreux peuples sont encore victimes de violations des droits humains sans que la communauté internationale ne réagisse pour éradiquer ces injustices et cruautés à travers le monde. 

Comme le disait si bien Ghandi: "Soyons le changement que nous voulons voir dans le Monde"

 

Nous en profitons pour vous faire part d'une ONG genevoise s'appelant CODAP qui soutient et promeut l'engagement des jeunes en faveur des droits fondamentaux à travers des programmes de formation et de soutien au niveau national et international. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur leur site internet : www.codap.org